
Il ne me reste qu’un seul désir,
Dans ce silence du soir :
Que vous me laissiez mourir
Au bord de la mer Noire.
Car je voudrais, dans mon sommeil,
Avoir la mer tout près,
Le ciel bleu et le soleil,
Et la forêt après.
Je ne veux pas de cercueil riche,
Ni de drapeaux, ni bannières,
Juste tressez-moi un lit postiche
De branches printanières.
Et que personne, à mon chevet,
Vienne pleurer pour moi,
L’automne, dans son langage muet,
Parlera par les bois.
Parmi les hautes cimes de sapins,
La lune immense me veille.
Sans cesse, les sources au bruit fin
Murmurent à mes oreilles.
Le tintement d’une cloche, perdu,
Le vent va me l’amener
Avec le frémissement connu
De mon tilleul sacré.
Car, désormais, je ne serai jamais errant…
L’éternité me teste…
Seulement les souvenirs charmants
Arrivent chez moi et restent.
Les lucioles célestes, surgies
De l’ombre de sapins,
Qui sont devenues mes compagnes,
Me souriront tous les matins.
La rude chanson de l’âpre mer,
Va larmoyer ses passions
Quand je serai un bout de terre
Privé de toute émotion…
(trad.du roumain Nicolae Mușa)